Depuis une dizaine d’années, des entreprises classiques, motivées par une perspective de responsabilité sociale et d’innovation, ont noué des coopérations avec des entreprises sociales. Danone est souvent citée comme l’entreprise française qui a ouvert la voie en signant un partenariat avec le groupe Grameen en 2005. Ces rencontres improbables sont souvent le fait d’intrapreneurs sociaux, qui jouent le rôle d’interprètes et d’ambassadeurs entre ces deux mondes.

Forgé en 1985 par l’américain Gifford Pinchot, le terme d’intrapreneur désigne une personne « qui arrive à transformer une idée innovante en une activité économique rentable pour une entreprise ». Comme son cousin l’intrapreneur classique, l’intrapreneur social développe une activité innovante dans le cœur de métier de l’entreprise. Son but est d’abord d’apporter une solution durable à un problème de société, mais sous contrainte d’un modèle économique permettant la couverture des coûts.

Dans le cadre de notre livre, nous avons interrogé une vingtaine d’intrapreneurs sociaux, dans des entreprises aussi différentes que Axa, Accenture, Danone, Engie (GDF Suez), Lafarge, Leroy Merlin, Veolia, Total ou Schneider Electric. Ces intrapreneurs ont initié des partenariats permettant à des populations défavorisées d’accéder à l’eau, à l’énergie, à l’habitat ou de l’alimentation. Au départ de leurs différentes initiatives, un point commun : une envie de changer le monde en restant dans le cadre de leur entreprise, permettant de développer des projets ambitieux à l’échelle nationale ou mondiale.

Comme tout innovateur, l’intrapreneur se confronte à des obstacles liés à la résistance au changement, ce que nous avons appelé les 4 « I » : inertie, ignorance, incertitude et isolement. Initiateur d’un projet souvent inattendu, l’intrapreneur doit sortir de ses habitudes pour développer une expertise sur son sujet.  Il doit avoir la capacité de modéliser les risques, les revenus et les coûts de son projet. Il doit motiver sa direction générale pour obtenir des ressources humaines et financières face aux sceptiques qui trouveront toujours des arguments pour ne rien faire : « il n’y a pas de modèle économique », « ce n’est pas le bon moment » ou encore « ce n’est pas dans nos priorités ».

Dans ce contexte, les intrapreneurs sociaux sont des individus paradoxaux, sachant allier des qualités contradictoires : passion et patience, vision et gestion, utopie et pragmatisme. Ils n’ont pas toujours toutes les qualités et les expertises nécessaires, mais ils savent mobiliser la direction générale de l’entreprise pour obtenir de la légitimité, et leurs collègues pour leurs expertises spécifiques.

Phénomène encore émergent, l’intrapreneuriat social est amené à se développer comme un élément de l’économie positive.  Pour les salariés des entreprises, c’est une manière de favoriser l’initiative et de concilier le sens avec l’activité professionnelle. Pour les entreprises, c’est un levier fort d’attraction des talents et l’expression d’une politique innovante de responsabilité sociale. Enfin pour les entreprises sociales, cela représente une opportunité de changer d’échelle en coopérant avec des grands groupes sans oublier leur objectif premier de changement social.

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