L’actif le plus précieux de l’entreprise est l’humain. À écouter les entrepreneurs et les investisseurs, après des siècles de capitalisme, le constat est unanime. Pourtant, quand l’on regarde de plus près l’espace intime de l’organisation, et les relations qu’elle développe avec ses parties prenantes, cette évidence semble ignorée. La sphère économique parait démunie, bien embarrassée, par la dimension humaine de l’entrepreneuriat.

Résultat : les collaborateurs déplorent l’absence de sentiment d’appartenance et la dégradation des conditions de travail. Les dirigeants n’osent plus évoquer leur déséquilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle… Sans parler de leurs relations à leurs actionnaires-investisseurs: dialogue fragile, crises à répétition, désalignement des intérêts… Les financiers considèrent pourtant que la personnalité du leader fait l’essentiel de la réussite d’un projet. Un proverbe chinois l’affirme : « Le poisson pourrit par la tête ! ».

En 2008, au coeur de ce « no man’s land », un petit groupe pluridisciplinaire – coachs, chefs d’entreprises et capital-investisseurs – se réunit à l’initiative de Matthieu Langeard, psychologue et coach, pour relever ce défi : valoriser la dimension humaine de l’entrepreneuriat et du capital-investissement. Suivant l’adage «pour changer l’économie, changeons ses outils de mesure », nous nous mettons en quête d’indicateurs pour le diagnostic et l’accompagnement des forces-fragilités des entrepreneurs et des investisseurs.

Ensemble, nous fondons le groupe de recherche « Finance for Entrepreneurs » (FFE) visant à faire vivre l’humain dans l’économie ! Notre équipe partage un rêve : celui d’une économie ying-yang, rationnelle et sensible , positive et orientée vers le long-terme.

Animée par des bénévoles et autofinancée, FFE écarte volontairement et radicalement les approches d’évaluation classiques (grilles d’analyse rigides, outils de profiling catégorisants…). Bien qu’intéressantes, elles éclairent le passé et non l’avenir. Le postulat scientifique de cette recherche issue de la pratique est de collecter des informations simples et pertinentes, relatives aux forces-fragilités entrepreneuriales du dirigeant, et en même temps d’intégrer la complexité et la singularité de chacun. Il y a autant de profils de dirigeants que de personnes. On ne nait pas entrepreneur, on le devient.

FFE propose une méthodologie de 12 indicateurs qui agissent comme autant de « fusées éclairantes » du potentiel entrepreneurial : mythologie personnelle (sens à l’action & charisme), tolérance à la critique, capacité à déplacer les règles, rapport au temps pour n’en citer que quelques-uns. Sollicité par l’Observatoire de l’Immatériel sur cette dimension spécifique du capital dirigeant, FFE contribue ainsi à Thésaurus-Bercy V1, le premier référentiel français de mesure de la valeur extra-financière et financière du capital immatériel des entreprises.

La méthodologie agit comme un miroir peu déformant, favorisant l’accueil de la différence. In fine, elle soutient le désir d’innover et d’entreprendre. L’idée est de cultiver ses forces et de tirer parti de ses fragilités au sein d’un collectif. Et tout cela sous le sceau d’une éthique professionnelle (déontologie) fermement orientée vers la bienveillance sans complaisance. Les résultats ? Des entrepreneurs qui ont une meilleure connaissance de leurs atouts et de leurs limites, de leur équilibre de vie, et une capacité renforcée à prendre des décisions dans un environnement confus, en profonde mutation. En d’autres termes, des entrepreneurs avec un niveau de conscience d’eux-mêmes élargi, aptes à se regarder en face, pour mieux avancer avec eux-mêmes et avec les autres. Ce processus vertueux est tout naturellement favorable à l’entreprise, aux collaborateurs et aux associés.

Un écosystème de partenaires en forte croissance
Déjà, des entrepreneurs pionniers ont testé la méthode : Sakina M’sa, entrepreneure atypique ayant osé mixer « luxe et insertion sociale », Harilaos Loukos, chercheur visionnaire ayant développé un outil d’alerte et d’adaptation des organisations aux changements météorologiques, mais aussi des investisseurs tels que Sir Ronald Cohen, cofondateur de Apax Partners et Président de Big Society Capital. En 2014, des accompagnateurs, des consultants en innovation, des entrepreneurs et des cadres de la nouvelle économie demandent à être formés à cette approche de diagnostic et d’accompagnement du potentiel entrepreneurial de dirigeants. Désormais, une nouvelle étape est franchie dans la diffusion de la philosophie de FFE avec le lancement d’une école d’accompagnateurs d’entrepreneurs : ENTREPRENANCE INSTITUT, dont le QG s’installe à la Ruche, quai de Jemmapes.

Nous en sommes convaincus : à l’heure où l’économie positive expérimente de nouvelles façons de mesurer la performance globale des Etats, des villes et des entreprises, une prise en compte authentique du capital immatériel dans toutes ses dimensions pourrait être un chantier à part entière de l’économie positive afin de remettre enfin l’homme au coeur de l’économie.

 

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