Les terres rares font partie depuis la fin de la seconde guerre mondiale des métaux dits stratégiques. Paradoxalement assez abondants dans la croûte terrestre malgré leur dénomination, les terres rares se caractérisent par rapport aux autres métaux dits de masse comme le fer, le nickel, le zinc ou le cuivre par des productions de plus faibles quantités (réduites d’un facteur 1000 environ). Du fait de la globalisation, le cours des terres rares reste fortement influencé par la position dominante d’un seul pays, la Chine, en situation de quasi-monopole de la production mondiale actuelle.

Les terres rares, métaux stratégiques

Les chimistes connaissent bien les lanthanides, groupe constitué de 15 métaux, dont les principales caractéristiques mécaniques sont la ductilité, la malléabilité et la tendreté. Dans la dénomination des terres rares, on ajoute aussi les éléments scandium et yttrium aux lanthanides.
Les 17 métaux des terres rares font partie des 45 métaux rares autres que les métaux de base produits en très grosses quantités comme le cuivre, le fer, le nickel ou le zinc dans lesquels on retrouve les platinoïdes (comme le platine, le palladium…) et les autres métaux (tels que le cobalt, le tungstène, le manganèse…).
Les terres rares sont des métaux aux propriétés exceptionnelles dues essentiellement à leur structure électronique particulière. Ils sont utilisés dans la fabrication de nombreux produits à la technologie avancée. Ainsi, les alliages légers aluminium/scandium trouvent leur application dans l’aéronautique militaire, l’yttrium rentre dans la composition des supra-conducteurs, le grenat d’yttrium et d’aluminium dopé aux lanthanides est utilisé dans la fabrication des lasers optiques, le lanthane dans les batteries nickel-métal hydrure ou dans les verres à haut indice de réfraction, on trouve même du phosphore bronze et cobalt dans les cordes pour guitares électrique,  le praséodyme, le dysprosium et le samarium dans les aimants permanents des éoliennes etc, etc… Ces exemples sont loin d’être exhaustifs.
Les terres rares sont donc bien des métaux stratégiques de par leur utilisation dans des domaines « sensibles » ou « stratégiques » comme la défense, l’aéronautique, la médecine ou le nucléaire (absorbeurs de neutrons dans les réacteurs).

Le monopole chinois, conséquence directe de la globalisation sauvage de l’économie

Avec près de 96% de la production mondiale actuelle et de 40 à 50% (selon les sources) des réserves mondiales prouvées, la Chine est bien l’acteur incontournable de la planète lorsqu’on parle de terres rares. Dans les années 80, les gouvernants chinois, comprenant parfaitement l’importance stratégique des terres rares dans l’économie moderne et la manne financière potentielle pouvant rapporter à leur pays, décident de miser sur le développement de l’extraction minière des terres rares particulièrement abondantes dans le sous-sol chinois. Les terres rares sont présentes sous forme d’oxydes métalliques à l’état naturel et doivent suivre un traitement chimique (à fort impact écologique sur l’environnement) pour l’obtention des métaux purs. Menant une politique de réduction des quotas d’exportation et de prix bas, la Chine a profité de la demande en forte croissance de l’industrie mondiale en terres rares pour ruiner ses concurrents américains, australiens et européens et devenir ainsi le leader incontesté du marché mondial à la fin des années 2000.
Le cours des terres rares s’est envolé et a connu un pic historique en 2011. A titre d’exemple, le cours de l’oxyde de dysprosium a atteint le niveau record de 2830 $ le kilo en juillet 2011 alors que son taux n’était plus que de 260 $ le kilo en février 2016.
Dénoncée à l’OMC par les pays concurrents, la Chine a stoppé sa politique de quotas à l’exportation mais l’a substituée par celle de l’attribution de licences aux entreprises étrangères partenaires pour la production de terres rares, concentrant et favorisant ainsi la production de terres rares sur son territoire. En produisant aujourd’hui localement des terres rares de la mine au produit fini à des coûts extrêmement bas du fait de la non harmonisation mondiale des normes sur l’environnement et sur la sécurité ou des coûts de production très avantageux du fait des bas salaires locaux, la Chine continue son monopole en réduisant à néant toute concurrence planétaire et pour pas mal de temps encore bien que les réserves en terres rares dans les autres pays restent majoritaires.

La réponse des européens, des japonais et des américains au monopole chinois

En France, il n’existe pas de stratégie clairement définie concernant les terres rares à l’instar de celle qui existe par exemple en matière d’énergie. Tout juste peut-on noter la création du COMES (Comité Stratégique des Métaux Stratégiques) en 2011, aux moyens très limités, qui réunit en son sein des experts et des industriels français.
Mais la dépendance du reste du monde en matière d’approvisionnement en terres rares est une réalité à laquelle il faut bien répondre.
Au moment de l’envolée des prix des terres rares, les risques de rupture de l’approvisionnement en terres rares ont été envisagés par les autres principaux pays consommateurs. Les solutions de mitigation qui ont été mises sur la table s’articulent autour de 3 axes:

  • la substitution des matériaux constitués par les terres rares par d’autres
  • l’optimisation des quantités utilisées actuellement
  • le recyclage des terres rares

Si les 2 premières solutions semblent limitées notamment par le caractère exceptionnel de la terre rare mais aussi par la demande toujours accrue en matières premières des industries à forte technologie, en revanche, la conduite d’une politique de recyclage des terres rares est aujourd’hui menée au cas par cas et comme toute politique de ce genre n’a de sens économique et de pertinence que dans la mesure où le procédé de recyclage est compétitif par rapport au cours de la matière première.

Les perspectives et les tendances à venir

Les experts prévoient une demande accrue en terres rares atteignant le chiffre de près de 150 000 tonnes métriques en 2019 soit une augmentation de la demande de l’ordre de 20% par an (rappel: 126 000 tonnes en 2014). Ainsi, le fort développement attendu des éoliennes et des voitures électriques va provoquer une demande accrue en néodyme pour la production d’aimants permanents et de batteries Nickel-Métal hydrure.
Dans la pétrochimie, une forte demande de lanthane et de cérium pour la fabrication de catalyseurs utilisés lors de craquages thermiques est elle aussi attendue.
La Chine devrait consolider sa première place comme producteur de terres rares, très loin devant des pays comme le Japon, l’Inde, l’Australie ou le Canada.

La chute lente et continue des coûts des terres rares enregistrée depuis 2011 va certainement freiner le développement économique des entreprises minières non chinoises dans le monde. Et l’apparition depuis quelques années -en plus- de l’activité illégale de prospection minière en Chine ne va pas arranger les affaires de ces sociétés non chinoises, bien au contraire… La Chine a certainement encore de très beaux jours devant elle en matière de business des terres rares.

Sources utilisées:

IRIS mars 2016 : http://www.iris-france.org/72425-terres-rares-quelle-strategie-francaise/

Le Blog des métaux stratégiques terres rares et nouvelles technologies 2016 : http://www.les-terres-rares.com/prix-des-terres-rares/

France Culture 2012 : https://www.franceculture.fr/sciences/les-terres-rares-en-cartes-et-dans-la-presse-un-marche-strategique

Wikipédia : les terres rares

 

Share.

Comments are closed.